J’ai, depuis quelques années, le privilège de croiser régulièrement les images "industrielles" d’Eric Girardot .
Chacune de ces rencontres réveille des souvenirs de mon enfance ouvrière :
- l’odeur et la saveur singulière de l’acier sur la joue de mon père ...
- la première entrée - enfant effaré - dans l’usine, un matin d’hiver entre glace et fournaise ...
- les casse-croûte , adolescent en vacance, sur un « bois » de l’Emile - arpète à 12 ans – dans ce qui, au fil des années, était devenu SON modelage …
Quelques cinquante ans plus tard, devant les portraits que nous propose Eric, me reviennent la crainte et la fierté qui m’envahissait alors, quand, dans l’immensité des halls, les grondements et les étincelles, apparaissaient les hommes.
Ceux-là qui, certains jours, se rassemblaient, pour des mots à demi compris car murmurés devant moi ; mots où je devinais cependant une douleur infinie et, parfois, la colère, quand le fer avait réclamé son tribut.
Je dois à Eric de retrouver régulièrement cette mémoire et je l’entends bien au-delà de ses mots quand il se décrit photographe un peu seul et quelquefois un peu perdu , au milieu de ces grands univers : «  ça bourdonne tel un essaim » me confie-t-il. « Les liens sont forts »
 J’entends aussi, combien sa vigilance au respect de chacun est grande quand , par des virgules de silence dans le grondement de la fabrique moderne, il interrompt les gestes experts pour recevoir l’humanité de leurs auteurs.
C’est l’honneur des commanditaires, en ayant appelé Eric Girardot, de réaffirmer qu’au delà des très hautes technologies qui fondent aujourd’hui la valeur industrielle, la plus grande richesse de leur entreprise reste l’ensemble des femmes et des hommes qui l’habitent .
Vincent Cordebard - juin 2010 -