Déambuler dans la ville,

 Se laisser submerger par la masse des signes qu’elle arbore. Croiser dans les grands miroirs de ses façades ou dans les reflets de ses vitrines, les bribes des circulations qui l’animent. Porter un regard attendri sur des scènes de l’ordinaire. S’amuser des télescopages qui surgissent, au détour d’un carrefour, entre les images placardées et les passants. Retenir ces instants anodins et en apprécier les interférences multiples.
L’approche que Éric Girardot réalise des villes qu’il arpente ne relève pas du féerique même lorsque le merveilleux d’un rideau vertical (à la Kenneth Noland) vient se substituer au ciel .Et même si les lieux qu’il photographie peuvent parfois utiliser la géométrie d’une architecture ou la présence d’un monument connu, celui-ci est rarement le sujet de l’image. La ville pour Éric Girardot est d’abord un espace habité et, si il n’y a aucune volonté de traduire un aspect spectaculaire, la rue n’en est pas moins un théâtre mouvant, une scène dont il capte les instants fugaces, le décor épatant des prélèvements qu’il opère.
Sujet momentané de ce "grand plateau", Eric ne rend pas compte de la Ville (ou des villes) comme d’une entité abstraite, mais s’attache plutôt, au fil de ses rencontres (happé en passant), à poser (et proposer) des regards singuliers sur des micros évènements qui témoignent d’abord de son attachement aux personnes.

                            Philippe Agostini